Je me sens seule, seule face a mon miroir, seule face a ma balance. A chaque fois que je rentre dans mes toilettes, l'odeur de parfum me rappelle quand genoux au sol je recrachais mon desespoir. Mes parents s'inquiètent du peu que je mange, mon père croit que je deviens anorexique, il n'a pas tord, mais il y a combien de temps aurait-il du faire ce constat? Il est trop tard maintenant, le temps c'est écoulé sans aide. Seule face à tous. C'est un peu l'impression que j'ai. Je mens, je mens chaque jour quand je pretends ne pas avoir une grosse faim a table, je mens quand je souris et que je rigole comme si tout allait alors qu'en fait je crève de douleur. Je mens quand je dis que j'ai trop gouté et que je ne pourrais rien avaler ce soir. Je vous mentirais si j'assurai que je n'y prends aucun plaisir. C'est faux, pas tout le temps mais souvent il en résulte une certaine satisfaction, souvent teintée d'amertume et de culpabilité malgré tout. Par ce que je ne serais jamais fière de ce que je fais, au contraire je le porte comme une honte dont je ne parle à personne j'ai honte, parfois j'ai l'impression d'inventer tout ça, de faire semblant et qu'on va se moquer de moi. Par ce que je n'ai aucune preuve de ce que je vous dis aucun medecin ne m'a balançé dans la gueule que j'avais un trouble du comportement alimentaire, ana.. c'est tout ce que j'ai. Ana c'est le seul mot que je n'ai pas peur d'utiliser pour vous parler de tout ça. Ca... ce truc , cette chose. Ma vie.
Je me sens seule et deboussolée, j'ai l'impression que je n'ai aucune valeur pour mes amies, c'est sûrement faux mais j'ai de gros soucis avec la paranoia, je suis le genre de personne qui en soirée garde son sac sur l'épaule même si elle connait tous les gens présents. J'ai même fais le cauchemard hier soir que je laissais mon sac dans un couloir et que je ne le retrouvais plus, il n'y a rien d'important dans mon sac... enfin si mais pas tellement c'est surtout que c'est ma possession et que sûrement que le fait de mentir aux gens m'a fait developper un instinct de protection animal, me proteger des autres, de mes sentiments, de ce qu'ils pourraient me faire ressentir.
Je suis fatiguée, fatiguée de vivre pour mon poid, de vivre avec l'espoir malsain de perdre toujours, de fuir tous les repas. Une personne au régime dira qu'il ne faut pas sauter de repas, qu'il faut manger sainement qu'il faut faire du sport et manger equilibré. Moi trois repas par jour j'en fais des crises d'angoisses, au moins je mange au mieux je me porte, sauf qu'au moins je mange et au moins je veux manger, tout me semble trop, tout me fait peur et même le fait de manger une salade et une pomme me semble un repas trop copieux. Et plus je perds et plus je me trouve grosse, plus le temps passe et moins je supporte mon corps. Corps qui pourtant est l'objet de la convoitise de bon nombre de mes amies, j'aimerai l'aimer ce corps mais je ne peux pas je n'en vois que les defauts, je ne veux que ce que je veux voir, la graisse imaginaire, je suis consciente du pathétique, mais mes yeux ne changent pas leur vision.
J'ai toujours l'impression de pas être normale, un monstre. Je n'arrive pas à m'ouvrir aux autres. Je me sens seule par ce que j'ai peur de sortir de chez moi, et pourtant je déprime de rester chez moi. Le week end je voudrais sortir mais je me deteste tellement que j'ose pas appeller mes amies pour faire un truc, par ce qu'a mes yeux que je les ferais forcement chier et ma présence est une horreur, un calvaire. Si elles sont mes amies j'essais de me dire qu'elles doivent m'apprecier mais je n'y arrive pas j'ai toujours l'impression qu'elles se forcent qu'elle restent avec moi par pitié et que au moins je suis là au plus elles sont heureuses. A ca c'est sûr pour le coup je suis pas collante, mais terriblement seule. Je me donne une allure indifférente, j'essais de faire genre j'm'en fouts, mais Dieu que j'en chie. J'arrive plus a sortir, par ce que je me sens hors contexte, j'ai rien a leur dire à tous que des trucs tristes. Je veux pas leur dire des trucs comme ça, et puis si c'est pour faire des sorties entre potes et devoir manger oulala. J'veux pas leur en parler, du moins pas maintenant, j'ai trop honte.
Honte de moi, de ma vie. J'ai honte de tout. J'ai honte de mon passé, de mon présent. J'me hais et j'ai l'impression de pas pouvoir sortir la tête de l'eau, jamais. Le suicide ... j'y pense assez souvent, mais j'essais toujours de trouver des envies, des rêves pour me donner l'envie de vivre, j'en avais des rêves, a la masse... aujourd'hui je les vois s'écrouler les un après les autres. Je garde l'espoir, par ce qu'au fond de moi je veux me sortir la tête de l'eau, être heureuse.
STARVATION IS CONTROL. I want to feel my bones.
Ana me tue et me hante. Je l'aime bon sang que je l'aime. Et putain que je la déteste. Elle a détruit ma vie, et dans un sens pourtant tout ce qu'elle m'apporte est tellement immense, à côté de la solitude que je m'inflige. Je suis bipolaire et me voila dans une phase depressive, je prefere encore les phases maniaques, quand le monde m'appartient. Mais il ne m'appartient pas, jamais. Parfois je me dis... pourquoi ne deviens-tu pas toxicomane? Je veux dire, stade avançé. Euthanasier ses problèmes à coup de drogues durs, oublier la réalité, la nullité de mon existence, je ne serais plus jamais seule si je pars mourir dans un squatt, serais-je plus heureuse? Non... mais le bonheur existe-t-il vraiment? Non. Le bonheur se résulte à quelques instants magiques, mais il est ephemere et je n'arrive pas à me faire a l'idée, peut être ne devrais-je jamais me faire à ce monde? Et si je m'échappais de tout ça tout en restant en vie? Et si en perdant le sens de ma vie, je ne lui trouverais pas un sens logique profond, intense.
... en attendant je réflechis. Je dois maigrir de toute façon, cela sonne comme une évidence même si c'est ana qui le dit.
