Trou noir, béant. Encore du déprimant à écrire, à taper sur le clavier. Tout plutôt que réviser une épreuve que je n'ai toujours pas revisée et que j'ai demain. Qu'importe j'arrête de toute façon, je n'ai juste pas encore annonçé officiellement à tout le monde ainsi que mes parents mes nouveaux projets. Mes vrais projets qui me mènent à du concret, à de la joie je l'espère. Des projets qui surement me feront guérir, mais baisseront mon orgeuil terriblement, je vais les decevoir c'est sur, le génie, le petit einstein de la famille. La gamine à l'université, c'était grandiose, le doctorat, ils me voyaient déjà soutenir ma thèse, et là ce sont mes yeux qui pleurent d'écrire ça.
Ma vie a moins d'importance que la vie qu'ils voudraient que j'ai, loyauté à la con, c'est mon bonheur qui prime et c'est ça qui les rendra heureux. Mais moi les decevoir, moi qui devait être une intellectuelle de la plus haute sphère, moi étudiante à une fac connue mondialement, moi cette pariat qui ai distillé de faux espoirs dans leur âme. Moi qui sabote et manipule, moi qui me sens présentement comme la plus ignoble des impostures. Je suis une imposture et je mens en attendant de préparer la verité, nue à leur déballer, en attendant de pouvoir avoir toutes les clefs en main pour leur dire tout haut ce que je prépare déjà tout bas, en secret, comme une garce que je suis d'ailleurs. Je fais ce qu'il voudrait que je fasse et je prépare comme une adulte mes arguments parfaits, ils n'ont rien à redire, ils n'auront rien à redire. Et dans ce moment, je les decevrais, je rendrais jalouse ma demi qui elle rêve de se defaire de se joug qui elle la lie encore par manque d'arguments réels et concrets. C'est dur et excitant, je devrais être ravie et enthousiaste mais je suis stressée, angoissée, j'ai terriblement peur de leur réaction. Et j'en ai marre de faire semblant, c'est épuisant et je m'y suis trop attelée, si souvent j'ai feins le sourire ou la joie, la confiance, j'ai tellement feins des émotions ces dernières années, pas pour mentir mais pour protéger, par ce que j'ai tellement chuté.
Prise de conscience, j'étais une gamine egoiste et asservie par la douleur, la depression, l'egocentrisme et le besoin d'être reconfortée sans cesse. Maintenant je sais, je sais ce qui me fais envie, la seule chose d'ailleurs dans cette rechute depressive qui me fais envie et je m'y accroche comme à un dernier bout de radeau qui n'a pas coulé. Et je ne les laisserais pas me l 'enlever, et je dois essayer d'arrêter de m'en culpabiliser, ce n'est pas un crime, pas même un délit, c'est ma vie et mon radeau, ma bouée, c'est ma victoire, j'ai le droit de vivre, peut-être?
En attendant je bois et si on croit que je vais mal, ou que je suis ivrogne ou quoi que soit du genre droguée ou depressive, qu'importe, de toute façon je ne suis rien. Je n'ai plus d'identité qui m'appartienne vraiment, j'étais quelqu'un, avant tout ça, avant les drames. Et puis la douleur, les evenements et la folie m'ont depossedée de moi même, d'avoir trop hurlé au silence, coupé la chaire et saigné de mon âme sur ma peau livide de trop peu m'être alimentée, d'avoir trop pleuré en cachette et pesée ma valeur sur une balance despotique, d'avoir trop vomi mes doigts avec ma bile et ma bile avec mes doigts, et de toutes ces pseudo-analyses de ces gentils docteurs playmobiles qui vous donnent vos petits jouets ronds à foutre bien profond dans la gorge et cul sec à l'eau pour vous faire croire malade et inférieur, et dépendant d'un corps médical jamais vraiment formé dans le fond, à savoir qui vous êtes vraiment. Je n'étais pas tout ça, je n'étais rien en ce temps là, et cicatrices officielles et officieuses, visibles et invisibles me pârent et me gâchent dans cette fausse esthétique de la vie qui use. Je n'ai pas envie d'être si usée, pas à même pas 20 ans. Je suis jeune et déjà ridée de l'intérieur.
Stop, voila le mot est laché STOP et NON et FINI!
J'ai les rênes en main, et de ne pas les avoir tenue, je ne sais plus guider mon char, on s'en fout après tout de fonçer dans le mur, on est jeune et on est fou, mais dans le bon sens du terme.
Je n'effaçerai pas ces pans de ma vie, ils sont gravés en moi à l'encre indélebiles, encore plus tenaçe qu'un tatouage et beaucoup moins visible.
Je ne suis pas guérie, mais je crois que je suis au moins un peu lucide, et bon sang que c'est étrange.