Ana, casse toi.
Pars je t'en pris, ne reviens pas. C'est quoi cette lubie de se laisser mourir comme ça? C'est quoi le truc de plus manger? Je comprenais rien à ça avant, pire, je jugeais. Devenue juge puis bourreau mais aussi coupable j'ai ma tête sur la planche, j'attends que la guilottine tombe, le coeur battant. Dans l'fond j'ai pas vraiment envie d'mourir, pas à 17 ans, pas dans ces conditions. Pas comme ça non. Alors de chamade en chamade mon coeur s'exalte puis se neurasthénise et je survis tant bien que mal à ces sordides fluctuations. Allongée, sans force je ne réflechis même plus au fait que ce lit pourrait devenir ma tombe, que la balance deviendra linceuil. Defonçée comme sous stupéfiants, parfois mon sang est pur, peut être trop, ça m'fait voler de rien manger. Mais le bonheur et la jouissance... rien n'est plus distinct. Jouir ce n'est pas être heureux, le plaisir ce n'est pas le bonheur, c'est un pic, une élevation subite qui redescent plus fortement encore à chaque fois, par ce qu'a son côté ne reste que la destruction, le chaos. La gorge nouée. Comment respire-t-on? J'oublie. J'ai faim, je mange, je suis sâle. J'ai faim, je mange pas, allongeons nous, sur le divan, ne parlons pas. Le divan est un mirage mes amis, le divan n'existe pas. Le divan est ma balance, mes émotions se libèrent quand le cadran annonçe un chiffre à mes pieds. J'écris, j'écris mais ne dis rien, terrant mon silence sous des sacs plastiques de graisse imaginaire. Je suis lucide, ce n'est pas que ça. La maladie du poids, la maladie du futile. Mais pour mieux comprendre on doit se plonger dans sa souffrance et moi je suis lâche, j'en suis incapable. Alors je vais anorexiser mes peines, ana ana ana ana. Ca n'apporte rien, mais comment s'en defaire. Association à une phobie, exactement, la guérison c'est une phobie. Je suis effrayée. Sans elle je n'ai rien, plus rien. J'y pense, aux seringues, elles sont loins, étrangères, mais sans ana je ne vois qu'elle. Je sais tellement bien me faire du mal alors pourquoi m'en priver?
J'aurai aimé naître saine, mais je suis sâle, putride, et la cause est cachée, je n'sais pas. Psychisme defaillant. Si je songeais à l'hypnose, aurais-je envie de bonheur ensuite?
K TRAMADOL

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