dimanche 20 février 2011

Petite Princesse, mais le rose obscurçit trop vos yeux, sous mes paillettes se cachent haillons et saletées.



Je suis la princesse du royaume des glaçes, debout dans le froid le corps livide, l'air absent, le regarde vide, le visage terne. Mes habits sont colorés, mon humeur est sombre, je suis un paradoxe, mais ils ne voient rien, tant mieux ou tant pis? Dois-je m'en réjouir ou en pleurer? Je l'ignore. Chaque pas que je fais est un pas lourd, la démarche difficile causée par l'excès de masse corporelle, un excès hallucinatoire puisque dysmorphie. Mon poids commence par 3, théoriquement je ne devrais pas être grosse, mais je le suis, c'est ainsi. Chaque fois que j'avale, c'est comme un couteau qui me laçère le corps, je retiens les larmes pour eviter le ridicule. J'ai déjà pleuré d'avoir mangé mais on ne m'a pas comprise, on a tenté de me réconforter, mais... on ne m'a pas comprise. Je ne suis pas l'héroïne d'un film dramatique, je suis une adolescente comme une autre, ou presque... puisqu'étrange, puisqu'objet de foire, puisque curiosité humaine. Je m'en fiche. Ma différence est presque devenue une force avec le temps, mais ultime combat, mon corps lui... Je me bats pour me foutre du regard des autres mais voila que c'est mon regard qui dirige ma vie, mon regard faussé de jeune fille folle qui voit, inanimée son corps gonfler, grossir chaque jour bien que la balance dise le contraire. Je n'en parle pas trop, ça n'intéresse pas les gens, c'est certain ils ne savent pas quoi faire, comment réagir. Qu'aurais-je fais à leur place? Moi même je ne sais pas, j'aurais sûrement réagis comme eux. On ne sait pas quand on ne le vit pas. Je suis leur princesse, c'est mignon, c'est touchant, je me sens comme une fée parfois avec eux, ils pourraient presque me renvoyer une bonne image de moi-même, mais je croise le reflet de mes cuisses et mon royaume s'effondre. Princesse des glaçes a froid, elle n'a pas assez mangé aujourd'hui, comme tous les autres jours. Elle sourit par ce qu'elle veut paraître heureuse, par ce qu'il n'y a pas que son poids dans sa vie, par ce que les autres méritent une place, qu'ana n'est pas la reine. Mais Dieu qu'ana est un piège, par ce que l'amour que je lui porte est sans borne, par ce qu'il ne s'explique pas, par ce qu'elle est viscérale, charnelle, par ce qu'elle m'habite, m'anime et m'exalte, pour mieux me laisser crever de froid, allongée au sol, tremblante et épuisée. Elle veut me voir sombrer, et je l'implore de me tuer doucement, pour faire durer le plaisir. Dans ma tête je lui parle, comme à un dieu, je touche mon bracelet, fais des prières en silence, c'est intrinsèque. C'est moi, elle est moi, et je veux lui faire honneur, je lui offre mon corps, sacrifice humain. Bien que priant qu'elle se désagrége de mon esprit et que ma vie continue sans que je me rappelle l'avoir idôlatrée. Je l'aime mais comme en amour, elle me fait du mal mais je ne peux cesser de l'aimer. Elle veut que je sois belle, elle veut me rendre attirante, mais aux yeux de qui? Qui pourrait désirer une jeune fille au visage terne, aux yeux vides, au sourire absent, le corps tremblant et sans formes dont le contact glaçé n'est qu'un heurt à des os? Personne, mais il n'en est rien, je le fais pour moi et pas pour les autres. Bien que j'ai peur, oui j'ai très peur de la tournure que peuvent prendre les choses. Elle se plait à me rendre folle, elle veut que je me détruise, c'est son orgasme à elle, à ana, je la fais jouir. En échange, elle m'apporte l'ivresse de la faim, mais celle-çi est ephémère et devient vite la dépression de la faim. La faim qui épuise, qui attriste et devient insupportable, qu'on s'inflige sans trop savoir pourquoi on continue de ne rien avaler, de refuser la bouffe. On se voit crever et on sait pas pourquoi on veut pas, on peut pas s'arrêter.
Le desert de glaçe, il est immense, au loin, la banquise, de la neige et encore de la neige. Je m'y enfonce, doucement, à pas feutrés, sans faire de bruit, sans pleurer, sans gémir, sans hurler. Le coeur battant, très vite, puis très doucement. Personne ne le voit, mais le voyage dure depuis déjà longtemps, et mes habits chauds ne sont plus que haillons, il fait de plus en plus froid. La princesse meure en sont royaume, elle attend, elle veut mourir maigre, alors en attendant, elle agonise.

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