Tu t'es presentée en amie, Ana c'était touchant, c'était si doux pour moi, je n'imaginais pas qui tu étais vraiment, je n'aurai jamais cru que ton prénom aurait vraiment pu signifier ce qu'il signifiait pourtant déjà, anorexie mentale. J'étais naïve, blessée et quand j'ai vu au loin miroiter ta belle lumière, je voulais l'être cette lumière, j'avais besoin de guérir, j'avais besoin qu'on me soigne, qu'on me sauve, j'étais blessée et je n'en mesurais pas l'ampleur, alors quand je t'ai vu au loin j'ai trepigné de joie, tu allais changer ma vie. J'avais l'intime certitude qu'avec toi je deviendrai une jolie fille, belle, mince, intelligente, respectée et enviée. Que les gens m'aimeraient pour mon apparence, mon intérieur était si densement souillé que j'en priais la négation. Je voulais le réparer par le biais de mon apparence, j'ai vraiment cru que mon problème était mon corps, et que ma douleur venait de ça, j'ai crée un complexe de toute pièce, et tu m'as promis de m'aider. J'ai vu de la graisse, de la grosseur, j'ai vu de l'embonpoint là où il n'y avait qu'un corps normal qui n'avait rien de mauvais, et tu étais là pleine de promesse. Et je me croyais forte à maitriser mes repas, je me croyais forte en commençant à les sauter. Je me sentais pousser des ailes dans le dos, d'entendre les gens me questionner, car eux n'en étaient pas capables, soumis à leur besoin animal de manger, moi j'étais forte, j'avais du contrôle, moi j'allai être mince, la plus mince de toute, j'étais très loin de la fille victime de ces murs délabrés, j'étais une battante, un don quichotte contre ses moulins à vents, j'étais ta proie, tu étais mon gourou. Mon être te dediais un defi à la vie, une provocation à la mort du corps et de l'âme.
Moi malade? Surement pas, j'avais du poids à perdre alors je voulais le perdre, c'était simple dans ma tête, cependant à côté les noeuds d'une folie psychotique et d'une fureur addictive trépignaient et s'entrelaçaient au loin. Mais je ne les voyais pas. Tu as si bien su trouver le bon moment Ana, c'était un moment parfait pour ton arrivée, feutrée dans mon déni, dans ma peur d'affronter la réalité, feutrée effrayée dans mon corps malsain à exterminer, dans ma tête stupide à dompter, dans ma perte de contrôle absolue, feutrée dans la honte et la dissimulation, dans le silence des mots que personne n'interprete. A part une seule personne, mais toute cette honte a su éloigner le sujet, mais il savait, je crois qu'il avait comprit mais j'ai eu si peur, si peur qu'il ai comprit, et qu'il cherche à me le faire comprendre, j'ai fuis à la réalité qui est sortie de ma bouche en un lapsus, et à sa réponse, et à son aide. Tu as immédiatement pris le contrôle, doucement au début, mais quand je suis sortie tu étais là, quand je suis rentrée chez moi tremblante tu étais déjà là avec ce vide à l'âme et au ventre, au loin tu as du observer l'instant et accourir, peut être cherchait tu vraiment à me sauver, la preuve est que je suis protegée pour l'instant, depuis ta présence ana, je suis protegée de ça.
Le fond de cette lettre fictive Ana, je vais essayer d'y venir, plutôt que de fignoler avec des formulations de phrases qui ne font que m'éloigner du message, tourner autour du pot j'adore faire ça, je sais manier l'art de ne rien dire en tentant de le faire d'une manière agréable, ne rien dire d'une très jolie manière, le mieux possible afin que l'on ne remarque rien. C'est tout un art, l'art de se taire sans avoir l'air de se taire, l'art de ne pas trop de dévoiler sans avoir l'air trop timide, se donner une impression de verve dans un immense mur de silence, une muraille de chine de silence. Tu sais Ana, en grandissant j'ai appris en fait que la stabilité ne serait peut être pas quelque chose pour moi, que j'avais un fond étrange, que j'étais fragile tout en me donnant l'impression d'être indestructible, cependant j'ai aussi compris que fragile n'était pas la négation de la force et que la force n'était pas dénuée de fragilité. J'ai appris que la confiance en soi est quelque chose de dur à gagner et que pour la posséder réellement il faut savoir avoir de l'estime pour soi même mais aussi du respect pour les autres, et qu'elle ne dépendait pas seulement des apparences, j'ai appris que la beauté était relative au nombre d'humains sur Terre et que la confiance en soi ne peut naître de ce qu'on croit être la beauté. Toi tu prêches les principes presque opposés, et pourtant je ne peux me détacher de toi, une partie de moi t'es encore devouée comme à terre, agenouillée. Ma raison grandit mais mon coeur lui s'offre encore à tes illusoires oasis, ainsi qu'a celles de mes besoins toxiques autres. Mon coeur bat encore, je suis vivante, je me sens vivante grâçe à toi mais tu me tue. Je t'ai offert du temps, mon temps innocent, tu me l'as derobé, et je vacille entre rancune, tristesse, regret et... passion, je ne peux pas te renier, pas te hair trop longtemps, c'est impossible, tu fais partie de moi, tu es moi, mon identité la plus prenante, grandir et prendre moins de place, savoir se faire petite, savoir s'effaçer tout en ne jamais s'effaçant vraiment, graver sa place à l'encre des larmes, graver sa place au sang impesable, impalpable d'un corps dissout.
En acceptant de te rencontrer, de te connaître, j'ai enclenché un terrible mécanisme, une machine de guerre qui envoit ses missiles contre mon âme et mon corps. J'ai toutes les larmes et tous les regrets coinçés au fond de ma gorge abimée d'avoir trop été serrée, d'avoir trop fumé, crié, vomit. Il en tremble de terreur de ce corps de tout ce qu'il a vu, ressenti, enduré. Du sang etalé sur le corps en guise de sacrifice. Putain je vais te dire, tu est une belle salope, toi et tes promesses sectaires, comme si tu étais une solution, comme si tu n'étais pas la maladie vicieuse et malsaine qui ronge mon corps, comme si tu étais une amie, t'as tout brûlé! Tout détruit, cassé! Salope! Je marche en trébuchant, on ne cherche même plus à lutter contre toi, même mes proches ont abandonné, briser mon équilibre dangereux est trop impossible, impensable, angoissant. J'en ai des larmes connasses, plus tout ça, les drogues, les addictions, la folie. Pourquoi? Et maintenant la paranoia. Une vie qui se perd dans des tourments qui la mettent à mal. Un cercle imbrisable de changements d'humeur incessantes. Impossibilité d'avançer, je marche à reculons et me prends tous les murs par derrière. J'te vomis à la gueule Ana, j'me mets les doigts au fond de la gorge en ton honneur, tu me fouts la gerbe, j'te vomis mon vide et ma haine. Je vomis les horreurs que tu m'as offert avec euphorie. Je n'ai pas vomis depuis un mois ou plus il me semble, et cela j'en suis fière, et je me felicite que moi pour ça! Peut-être moins.. j'oublie la mémoire est mon ennemie. Mais en tout cas, chaque petite victoire je te la balançe qu'elle te fouette ton abstraction de corps parfait que je blâme et que je hais.
Avec tes idéaux, j'ai repoussé, j'ai envoyé au loin mes chances d'aller mieux, de guérir de ma blessure profonde. J'ai grandi aussi grâçe à toi, mais j'ai repoussé l'amour qui m'effrayait tant, tu m'en as eloigné, je me comblais moi même en mon être, j'étais ma création et ma destruction, j'en devenais matrice et phallus presque, je n'avais besoin de personne j'étais en harmonie avec le cosmos, illusoire harmonie qui me fait payer chaque jour les mauvais choix que j'ai fais, qui me fais comprendre le temps perdu, les larmes versées, qui me montre mon vide intégral, j'ai crée trop de vide, vide stomacale, vide du tout, de mon corps, de mon coeur, un desert de glaçe. Comment ne pas avoir de regret, on dit toujours qu'il ne faut pas en avoir, et avançer dans la vie, le problème c'est que je peine à trouver des avantages dans les erreurs que j'ai faites. J'aurai aimé avoir de quoi au moins me dire que j'ai été forte, mais j'ai uniquement su être Folle... Instable, psychotique, paranoiaque, autodestructrice. Et j'attends la bouee de secours alors que je sais qu'elle est à l'intérieur de moi, et que personne n'a à me sauver, je voudrais tellement qu'on me sauve, .. egoiste. Mais ça sonne comme une solution facile, sans remise en question, mais pour m'en sortir, je dois me remettre en question, affronter mes peurs, la verité, pleurer, souffrir enfin véritablement, affronter mes blessures, les comprendre et avançer, et ça c'est la mer à boire...
L'océan à la nage.
Je dois essayer, merde!

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